Les médias et la plupart des acteurs politiques en Haïti ont longtemps tergiversé pour qualifier le mal qui ronge la société haïtienne depuis plus d’une dizaine d’années.
Cependant, tout le monde est conscient de l’évolution graduelle de la situation. Des actes de banditisme, matérialisés par des assassinats ciblés et des vols à main armée, on est passé à une nébuleuse qui pratique des tueries de masse, provoque des milliers de déplacés internes, la paralysie de la circulation des vies et des biens, la fermeture des établissements scolaires, universitaires et fait de la terreur un atout majeur de sa prééminence sur une bonne partie du territoire.
Plus de 80 % de la capitale haïtienne sont à feu et à sang quotidiennement ; c’est une ville assiégée, une prison morale où la survie devient la norme. Le département de l’Artibonite, reconnu pour être le grenier d’Haïti, se voit attribuer la palme de l’une des régions les plus dangereuses du pays ayant pour conséquences l’instauration d’une précarité endémique.
Beaucoup d’organes de presse, nationaux ou internationaux, posent le même diagnostic de dangerosité de la situation à travers des enquêtes et reportages approfondis, mais n’osent pas nommer le poison haïtien. Ils tournent tous autour du pot en mettant en avant la complexité géopolitique entraînant Haïti dans une spirale de l’autodestruction. Or, tous les ingrédients du terrorisme tels que définis dans le droit pénal international sont rassemblés dans ce cocotte-minute.
Des individus, équipés d’armes de guerre, s’en prennent ouvertement à la population civile et aux institutions étatiques. Ils sont alimentés en armes et munitions par des mercenaires nationaux et étrangers. Ils n’ont ni revendications politiques ni appréhensions idéologiques, leur seule préoccupation, c’est de faire d’Haïti l’enfer des Caraïbes. Et, ils y sont parvenus.
Ils n’ont rencontré aucun obstacle, bien au contraire, ils sont choyés par une frange de la presse internationale, adulés par des pseudos-journalistes haïtiens leur traitant comme des victimes du système, des marginaux, etc.
De quel système parle-t-on ?
De celui qui distribue des armes à des groupes de voyous pour consolider un pouvoir sous influence étrangère ? De celui qui détruit la production nationale au profit des multinationales et des oligopoles ? De celui qui ouvre les veines de la République sur recommandation des élites corrompues ?
S’il s’agit de ce système abracadabrantesque, c’est le serpent qui se mord la queue et qui réclame à cor et à cri du sparadrap pour maquiller les plaies sociales. De qui se moque-t-on ? Ces terroristes n’entendent ni à hue ni à dia, plus d’un tiers de la capitale sont placés sous leur contrôle.
Port-au-Prince, ville fantôme, ne tient qu’à un fil, celui des inconscients. Il y a longtemps déjà que les terroristes, avec le concours des journalistes sans vergogne, débiteurs de haine, de calomnie et d’une propagande bien rodée, ont pourchassé les braves, les professeurs, les artistes loin de cette terre de résistance.
Ce mélange des genres a renforcé la stratégie des énergumènes qui considèrent Haïti comme une chimère. Le micro, la gâchette et l’argent sale mettent en péril tous les fondements de la République. Insidieusement, cette association crapuleuse est soutenue par plusieurs acteurs de la vie publique qui mettent à leur disposition tous les moyens nécessaires pour arriver à leur fin.
Derrière cette entente de circonstance se cache un projet pernicieux : distiller dans les esprits un virus antipatriotique jusqu’à rendre stériles les organes vitaux de la nation et provoquer son effondrement total.
Ils ont parfaitement réussi leur coup. En témoigne la vacuité ou l’absurdité du secteur des affaires qui nous parle, en plein marasme économique, de croissance pendant que la balance commerciale haïtienne est nulle depuis quelques années en raison de ce climat délétère, entravant tout type d’investissements (étrangers ou nationaux) dans le pays. Les productions nationales sont en état de mort cérébrale puisque les paysans, abandonnés par l’État, victimes d’une concurrence internationale déloyale, ont jeté l’éponge.
La terre n’est plus la pépinière de la République, elle souffre de désertification et de tous les maux liés au réchauffement climatique.
D’où vient cette croissance ? À croire que les mamelles du térrorisme sont juteuses pour une minorité pendant que la majorité crève la dalle. Le pays est pris au piège d’une coalition de criminels, ils ne sont animés que d’un seul objectif, désagréger la société haïtienne et faire d’Haïti une zone de non-droit pour le plus grand bien des trafiquants.
Que font les gouvernements pour éradiquer ce poison ?
Ils se sont succédé plus d’une fois avec le même mot d’ordre et le même objectif de rétablir la paix, mais la situation va crescendo.
À part quelques discours alambiqués sans consistance politique et des promesses illusoires, il n’y a ni plan ni stratégie élaborés pour venir à bout de cette nébuleuse tentaculaire. Font-ils aussi partie de la grande coalition ? Sinon, pourquoi les terroristes ont facilement conquis autant de territoires et assassiné des milliers de compatriotes dans l’indifférence générale ?
Le temps de l’histoire répondra un jour ou l’autre à ces interrogations plus que légitimes.
Ronald Pierre Leroc
Chroniqueur – Observateur engagé de la société haïtienne











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