Haïti traverse une crise sans précédent où l’insécurité impacte tous les secteurs de la société, y compris celui de la santé. Loin d’être un simple défi logistique, la situation actuelle met en péril un droit fondamental : le droit d’accès aux soins. L’incendie et le pillage des hôpitaux, l’exode des professionnels de la santé et le blocage des axes routiers empêchant l’acheminement des médicaments et du matériel médical créent une catastrophe humanitaire silencieuse.
Des hôpitaux désertés, des vies sacrifiées
Face aux menaces constantes, de nombreux médecins et infirmières quittent le pays ou se replient, laissant derrière eux des hôpitaux vidés de leur personnel. Les structures publiques, déjà fragiles, s’effondrent sous le poids de cette crise. Le cas de l’Hôpital Sanatorium, spécialisé dans la prise en charge de la tuberculose, en est l’un des exemples les plus alarmants. Sa fermeture entraîne une recrudescence de la maladie dans les rues, augmentant le risque de transmission au sein d’une population déjà vulnérable.
Les hôpitaux communautaires et ceux des zones reculées, eux, subissent une double peine : non seulement ils manquent de personnel, mais ils ne reçoivent plus les médicaments et les intrants nécessaires à leur fonctionnement. Les grandes routes sont bloquées, les convois médicaux sont pris en otage par des groupes armés, laissant des milliers de patients sans soins.
L’explosion des coûts de la santé : une injustice sociale
Dans ce chaos, les structures privées deviennent le dernier recours. Mais leur accès reste un luxe que peu de familles peuvent s’offrir. Les prix des consultations et des traitements flambent, creusant davantage les inégalités. Ceux qui n’ont pas les moyens financiers se retrouvent condamnés à l’automédication, aux traitements traditionnels ou, pire encore, à attendre que la maladie fasse son œuvre.
Le retrait des aides internationales : un coup fatal
Comme si cette situation ne suffisait pas, l’administration américaine a récemment bloqué les fonds de l’USAID destinés aux programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose, le choléra et d’autres maladies infectieuses endémiques en Haïti. Un choix politique aux conséquences dramatiques. Ces programmes, qui permettaient d’assurer un minimum de prise en charge pour des milliers de patients, sont aujourd’hui paralysés, aggravant encore plus la crise sanitaire.
Le droit à la santé, un principe bafoué
Dans mon travail de mémoire sur les droits des patients dans le système médical haïtien, j’ai mis en lumière un principe fondamental : le droit à la santé est inaliénable et universel. Mais aujourd’hui, ce droit est piétiné par la violence et l’abandon. La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que “toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être”, un idéal qui semble aujourd’hui hors de portée pour la majorité des Haïtiens.
La population est laissée à elle-même, livrée aux affres de l’insécurité et du déclin sanitaire. Face à cette catastrophe, le silence et l’inaction ne peuvent être une réponse. Il est urgent d’agir, de dénoncer, de mobiliser et de réclamer des solutions concrètes pour préserver ce qu’il reste du système de santé haïtien.
Que faire ?
Les appels à l’aide doivent être relayés au niveau national et international. La communauté médicale, les organisations de défense des droits humains et la diaspora doivent s’unir pour plaider en faveur de la sécurisation des infrastructures médicales, du retour des aides humanitaires et du maintien des programmes de santé essentiels.
Car derrière les chiffres et les statistiques, ce sont des vies humaines qui sont en jeu.
Dr. L. Schekel Bernalde BARTHELEMY
Médecin engagé








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